ISDR publications

Préface
Prof. Dr Bosco MUCHUKIWA R.
Directeur Général de l’ISDR-Bukavu

‘’Personnes déplacées et provision de la justice’’ est le titre de ce livre qui présente une analyse fouillée sur la justice et la sécurité dans les zones de conflits ou post-conflits. Les déplacés internes, les réfugiés et les populations d’accueil éprouvent tous, le besoin de justice et de sécurité pour leur existence et épanouissement. Justice et sécurité sont deux concepts qui traduisent des réalités qui vont de pair et sont les marqueurs de la paix, de l’équilibre social et du progrès d’une communauté. Le livre sur cette dimension est une première dans le champ de production de la connaissance scientifique. Ses auteurs appartiennent à des espaces géographiques différents, à deux continents, aux universités du Nord et du Sud mais ont su par leur habileté développer le partenariat de recherche pour réunir les données sur les rapports sociaux entre les déplacés internes, les réfugiés et les populations d’accueil dans quelques provinces de la R. D. Congo en proie à l’insécurité d’il y a deux décennies.
Les données que les auteurs fournissent et mettent à la portée du public sont une contribution substantielle à la compréhension de la nature des rapports de coopération ou de conflit entre déplacés internes, réfugiés et population hôte. Leur contribution scientifique permet de combler les vides, d’expliquer les besoins, les structures et les mécanismes alternatifs qui sont déployés par les personnes déplacées pour obtenir et accéder à la justice. Les mêmes données permettent de s’interroger sur la légitimité des structures de (ré) construction de la cohésion sociale et de formuler des nouvelles hypothèses de recherche sur l’émergence des pratiques qui sont nées avec la fragilité des Etats en Afrique et en marge du Droit positif.
Les neuf contributions qui sont réunies et constituent le corps de cet ouvrage donnent de la matière pour comprendre la différence entre les déplacés internes et les réfugiés. Par études des cas, elles appréhendent autrement la notion de provision de la justice. Celle-ci est sous-entendue comme un service qui peut être offert et rendu par les acteurs étatiques et non étatiques selon le contexte et les opportunités du moment. Sans ambition de dénaturer la notion de service, cette conception libéralise la provision de la justice et légitime le pluralisme des structures qui offrent les services en termes de justice et sécurité. Dans cette optique, les cours et tribunaux partagent leur fonction avec les autres acteurs ; ils entrent en compétition sur le terrain et ne sont plus les seules institutions habilitées à offrir et à rendre la justice. La thèse de libéralisation inédite des fonctions est avancée implicitement. Ainsi, les acteurs étatiques et non étatiques sont considérés
comme pourvoyeurs de la justice et de la sécurité, c’est de cette façon qu’il importe de comprendre actuellement cette notion dans le contexte de fragilité des Etats en Afrique.

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